les echos

La Nasa a quasiment tourné la page des navettes. Dans moins d'un an, leur remplaçant débutera ses essais en vol. La ligne de mire : 2013, date à laquelle la Nasa espère tester son nouveau système Constellation avec des astronautes à bord, direction la station spatiale internationale. C'est le calendrier très ambitieux qu'a annoncé l'agence la semaine dernière, à l'occasion du tir de Discovery. La Nasa entend le faire savoir : le programme Constellation, pierre angulaire des futurs projets américains d'exploration lunaire et martienne, a bel et bien débuté. Pour preuve, Mark Geyer, « deputy manager » du programme, a montré les images des premiers développements. Ils restent pour l'instant modestes, car la Nasa ne peut y consacrer que 3 milliards de dollars par an, mais le programme trouvera un second souffle après 2010.

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Lancé en 2004 par George Bush dans le scepticisme général, le nouveau programme de vols habités ne fait donc plus sourire personne. Les contrats concernant le premier volet de 26 milliards de dollars ont déjà été attribués ces derniers mois. Lockheed Martin a remporté la responsabilité de la capsule Orion, qui logera les quatre à six astronautes dans leur périple vers l'orbite terrestre ou la Station spatiale internationale. Le transport de la capsule sera assuré par le lanceur Ares-I, dont ATK réalisera le premier étage de propulsion, le second ayant été confié à Boeing. Orion servira au-delà de 2020 de capsule vers l'orbite lunaire. La Nasa a prévu de financer dans la décennie prochaine le lanceur cargo Ares-V, plus puissant encore que l'énorme Saturne V des missions Apollo. Il convoiera 131 tonnes de fret en orbite terrestre ou 56 tonnes vers l'orbite lunaire. C'est lui qui lancera le système de transport vers la Lune, qui comprend un étage de propulsion et un atterrisseur lunaire. Orion rejoindra ce système en orbite terrestre et s'y accrochera pour gagner l'orbite lunaire. De là, les astronautes rejoindront l'atterrisseur direction la surface. Orion les ramènera sur la Terre grâce à son bouclier thermique et ses trois immenses parachutes. La base lunaire permanente cheminera de la même façon.

Capsule réutilisable

Les concepteurs de Constellation ont donc tourné le dos à la navette en réhabilitant le bon vieux concept de la capsule réutilisable. Ce dispositif plus simple permettra de remettre en service partiellement certains éléments comme les moteurs d'Ares-V. La capsule Orion elle-même reprend d'ailleurs la forme des Apollo, mais avec un diamètre de 5 mètres plus grand. « La forme du bouclier thermique n'a pas changé, car il n'y a pas cinquante solutions pour résister à la rentrée atmosphérique », explique Mark Kirasich, « deputy manager » du programme Orion. La nouvelle capsule sera bien sûr beaucoup plus moderne avec ses matériaux composites, son avionique et surtout son mat de secours. Elle sera effectivement surmontée de quatre étages de petites motorisations destinées à l'éloigner de sa fusée porteuse en cas de problème. Les deux accidents mortels de navette ont convaincu la Nasa d'améliorer la fiabilité de son véhicule. Par exemple, le bouclier thermique d'Orion, protégé dans l'Ares-I, évitera les dégradations régulières que connaissent les tuiles thermiques de la navette.

                                                                                            Orion servira au-delà de 2020 de capsule vers l'orbite lunaire.

Lockheed Martin a débuté l'assemblage d'un premier prototype de la capsule. Ce ne sera pas pourtant le représentant exact de la configuration finale, puisque, cet été, les ingénieurs ont révisé profondément la capsule pour gagner du poids. « Le prototype conserve quand même les grandes caractéristiques d'Orion comme le centre de gravité, les moments d'inertie », précise Mark Kirasich. L'aérodynamique d'Orion a aussi connu des améliorations après des heures d'essais en soufflerie. Dans un an, la capsule et son mat d'éjection de secours seront testés au centre d'essais de missiles militaires de White Sands, où un pas de tir est en construction. Cet essai évaluera le scénario d'une éjection sur le pas de tir au décollage. Les années suivantes, la Nasa testera aussi Orion lors des phases de vol transsoniques, un point critique pour la séparation, puisque la traînée y est maximale. Les derniers mois ont également permis de tester les parachutes d'Orion à partir d'un avion cargo de la Nasa. Son mécanisme est complexe, car l'ouverture des parachutes devra se faire progressivement, à cause de leur grande taille.

Un prototype de l'Ares-I affrontera l'épreuve du tir dans un an et demi. L'objectif est d'atteindre une altitude de 450 km. Un pas du centre de Cap Canaveral sera reconverti d'ici là. Bob Ess, responsable du programme Ares-I explique que le développement de cette fusée est délicat, car sa grande longueur, de 94 mètres et sa finesse la rendent difficile à manoeuvrer. D'autant plus qu'une seule tuyère orientable est prévue pour piloter le lanceur. Mark Geyer ne cache pas non plus que ses ingénieurs et ceux des industriels doivent aussi se refaire la main : « Cela fait longtemps que nous n'avons pas fait de nouveaux développements. » La Nasa se donne encore un an et demi pour en retoucher la conception.



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