Mise à jour du 18.10.2007:
La Nasa vient enfin de fournir une première vidéo du survol de Japet. Le 10 septembre dernier, Cassini s’était en effet rapproché de cette lune de Saturne à moins de 2.000 kilomètres lors d’un survol rapide.

 

 

Qu’est-il arrivé à Japet, lune de Saturne ? De vastes portions de cet étrange monde sont aussi noires que du charbon, tandis que d’autres sont aussi brillantes que la glace. La composition du matériau sombre est inconnue, mais des spectres infrarouges indiquent qu’il contient peut-être une forme sombre de carbone. Japet comprend également une surprenante chaîne montagneuse équatoriale qui lui donne l’apparence d’une noix. Afin de mieux comprendre les caractéristiques de cette mystérieuse lune, la Nasa a dirigé le mois dernier la sonde spatiale Cassini, actuellement en orbite autour de Saturne, afin qu’elle survole Japet à moins de 2000 km d’altitude. Cette image inédite prise à une distance de 75 000 kilomètres est une de celles que la trajectoire de Cassini a permis de prendre. iapetus2-cassini.jpg


On y voit plus particulièrement l’hémisphère de Japet tournant en permanence le dos au sens de la marche de la lune sur son orbite autour de Saturne. Un immense cratère d’impact, visible au sud, s’étend sur 450 kilomètres et semble venir se superposer à un cratère plus ancien de taille comparable. On observe également que plus on va vers l’est, plus le matériau sombre révèle que le revêtement sombre se répartit typiquement de part et d’autre de l’équateur de est présent, tendant à recouvrir aussi bien les cratères que les plateaux. Un examen minutieuxJapet. La question de savoir si cette coloration de Japet est le résultat d’épisodes d’une forme de volcanisme interne particulier ou d’une contamination externe reste ouverte. Cette image et d’autres du survol de Japet par Cassini sont actuellement étudiées dans l’espoir d’y déceler des indices supplémentaires.(ciel des hommes)

Il pourrait s’agir d’un processus de « ségrégation thermique ». 

Les images fournies récemment par la sonde Cassini ont montré à quel point la surface de Japet pouvait être fascinante et belle. Toutefois, les chercheurs de la Nasa ne se sont pas contentés d’étudier ce petit corps céleste dans la bande visible, ils ont aussi fait des observations en infra-rouge.

Comme ils s’y attendaient, la surface noire de Japet, absorbant une plus grande partie du rayonnement solaire que la partie blanche à l’albédo plus élevé, est la plus chaude des deux. La température mesurée est d’environ 127 K, ce qui est suffisant pour provoquer une lente vaporisation de la glace d’eau pouvant être présente sur cette face sombre, toujours perpendiculaire à la trajectoire de Japet autour de Saturne.

Inversement, la face blanche étant plus froide, la vapeur d’eau peut s’y condenser et former les impressionnants paysages neigeux révélés en détails tout dernièrement. Le processus lui-même se serait amplifié et accéléré au cours du temps, au fur et à mesure que l’une des faces voyait son cœfficient de réflexion de la lumière solaire augmenter et l’autre diminuer. Si ce mécanisme se confirmait bien, cela ne lèverait le voile que sur une partie des énigmes de Japet. En effet, l’origine du matériau noir recouvrant l’autre partie de cette lune reste encore inconnue.

Une hypothèse qui prend lentement du poids

Malgré  tout, les planétologues favorisent de plus en plus une idée vieille de 30 ans. Le matériau charbonneux composant l’hémisphère noir de Japet proviendrait en fait de poussières libérées par d’autres lunes de Saturne proches, et qui spiraleraient en direction de cette dernière par attraction gravitationnelle. Au cours de son orbite, la face avant de Japet capturerait donc ce matériau poussiéreux, probablement carboné, et c’est ainsi que le processus de ségrégation thermique précédent aurait pu s’enclencher. Au final, cela expliquerait bien pourquoi il y a un contraste aussi fort entre les deux régions de la surface de ce corps céleste, avec une quasi absence de transition du blanc au noir par des zones grises.

Les instruments de mesures à bord de Cassini ne fonctionnent pas seulement dans les bandes visible ou infra-rouge, ils sont capables d’observer aussi en ultraviolet. Il semblerait, d’après les analyses spectroscopiques en UV, que la composition exacte de la zone neigeuse ne se réduit pas à de la glace d’eau. Le décryptage du spectre se poursuit mais déjà les chercheurs font remarquer que la proportion entre ce qui est de la glace d’eau, et ce qui ne l’est pas, n’est pas conforme à ce qu’ils attendaient. Ce qui bien sûr est très intéressant, car potentiellement riche en de nouvelles découvertes et indices pour mieux comprendre ce petit monde glacé et son origine.

Tout aussi intéressantes sont les observations de petits cratères entourés d’éjectas de glace brillante dans la zone sombre de Japet. Cela semble confirmer l’idée que le matériau noir composant cette dernière forme une couche mince déposée sur une surface qui serait en fait uniformément blanche à l’origine : un résultat consistant avec les données radar fournies par l’avant dernier survol par Cassini et la théorie précédemment exposée pour expliquer les deux hémisphères de Japet.

Enfin, l’une des questions les plus intrigantes à propos de Japet est probablement celle portant sur le mécanisme ayant produit la chaîne montagneuse courant le long de l’équateur et qui lui a valu l’appellation de « lune coquille de noix » ou « walnut moon » en anglais. Les images montrent que cette formation est ancienne car assez cratérisée. De plus, la structure semble solide bien qu’elle soit interrompue par endroits. Cela suffit déjà pour exclure l’idée qu’elle soit le reste d’un anneau autour de Japet qui se serait effondré.
Source: futura-sciences





Retour à l'accueil