Pour tous, 2007 marque le cinquantième anniversaire de Spoutnik. Mais à la Nasa, on célèbre un autre événement. Voici trente-cinq ans, le 14 décembre 1972, Gene Cernan, commandant d’Apollo 17, remontait dans son LEM (Lunar Excursion Module, module lunaire) après avoir marché une dernière fois sur la Lune. Un départ sans retour ? Certains le pensaient.

 
Il faudra attendre le 14 janvier 2004 pour les faire changer d’avis. Cette date signe, en effet, le début du retour de l’Amérique vers la Lune. Un an auparavant, la Nasa a perdu sa navette Columbia, ainsi que ses sept astronautes. Son moral est au plus bas. Elle manque de vision à long terme. Le président des Etats-Unis, George W. Bush, annonce alors le lancement d’un vaste programme spatial, devant conduire l’homme, à terme, à marcher sur Mars : “ sa vision pour l’exploration de l’espace ”.
 
Il en profite pour indiquer que la fin des navettes spatiales est programmée à l’achèvement de la Station spatiale internationale (ISS). Soit 2011 au plus tard. Dans cette nouvelle optique, la Lune est envisagée comme une sorte de station avancée, mais intermédiaire, vers la planète rouge.
 
Devis du programme : 12 milliards de dollars sur cinq ans. Le rapport des experts préconise d’utiliser un nouveau vaisseau spatial habité, moins cher à exploiter et réutilisable en partie. “ C’est Apollo gonflé aux stéroïdes ! ” selon la formule imagée du nouvel administrateur de la Nasa, Michael Griffin. Astuce : utiliser un module de base, susceptible d’être adapté selon les projets, qu’il s’agisse de missions lunaires, de l’exploration d’astéroïdes et même de missions habitées vers Mars. Multifonction.
 
L’Agence se donne alors cinq ans pour mettre au point un nouveau système de transport spatial. L’appel d’offres pour la conception d’un véhicule habité d’exploration, ou CEV (Crew Exploration Vehicle), a été remporté par Lockheed Martin en août 2006. Rebaptisé Orion, ses zones d’intervention sont appelées “ spirales ” en référence à des trajectoires allant de plus en plus loin.
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Il doit d’abord être capable de desservir la 010507-aj2-gd.jpgstation ISS autour de la Terre (Spirale 1). On doit ensuite pouvoir y accrocher un module lunaire en vue d’aller sur la Lune (Spirale 2). Enfin,Mars-oceans-2Ga.jpg il est prévu qu’Orion aide à l’établissement d’une première base lunaire permanente (Spirale 3). Après 2020, l’adjonction d’une grosse unité de propulsion et de modules d’habitats complémentaires permettra à Orion de survoler Mars (Spirale 4). L’atterrissage habité sur Mars (Spirale 5) n’étant pas prévu avant 2025...
 
La Nasa s’est entièrement réorganisée pour ces nouveaux défis. Il faut tout réinventer. Comment interpréter, aujourd’hui, avec l’informatique moderne, les anciens plans d’Apollo établis à la règle à calcul et dessinés sur table d’ingénieur ?
 
De forme conique, Orion est un Apollo “ gonflé ” avec un diamètre de 5,50 mètres (contre 3,90 mètres pour la capsule Apollo). Sa masse de 23,4 tonnes est bien moindre que celle d’Apollo (30 tonnes), grâce à l’utilisation de nouveaux matériaux. Bien qu’extérieurement ressemblant, Orion est très différent à l’intérieur. En effet, les matériaux et l’informatique ont beaucoup évolué en quarante ans. Orion sera réutilisable une dizaine de fois. Seul son bouclier thermique sera changé après chaque rentrée atmosphérique. De trois à six astronautes pourront y séjourner. Son premier vol orbital habité est prévu pour 2012.
 
La Nasa développe déjà un module lunaire. On ne dit plus un LEM, mais un LSAM (Lunar Surface Access Module, module lunaire d’accès à la surface). Il est beaucoup plus lourd que le LEM : 54 tonnes contre 14,7 tonnes, dont 21 tonnes de charge utile pouvant être déposées sur la Lune. Quatre astronautes seront envoyés sur la Lune en 2018 pour un séjour de sept jours. Deux missions par an sont planifiées ensuite.
 
Chacune commencera par deux lancements séparés. Orion sera tiré sur le lanceur Ares I. De son côté, le LSAM et son étage spécial de transfert vers la Lune EDS (Earth Departure Stage) décollera sur le lanceur lourd Ares V, aussi grand que l’ancienne fusée géante lunaire Saturne V de notre enfance. Orion, le LSAM et l’EDS s’assembleront en orbite terrestre. Le moteur de l’EDS s’allume et ce “ train spatial ” partira enfin vers la Lune. La mission ressemble ensuite beaucoup à celle d’Apollo. A une différence près : au retour, Orion se posera sur Terre (le désert américain) plutôt que sur l’océan.
 

 
* Membre de la Société astronomique de France et auteur de Vision de Mars (Taillandier-La Martinière).
Source:lefigaro
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