PHOTO DE LA PLUS LOINTAINE POUSSIÈRE D'ÉTOILES DE L'UNIVERS

Publié le par internaaze

Certaines galaxies apparaissent sous forme de traits courbes, d’arcs de cercle. Leur image est déformée par le champ gravitationnel de cet amas de galaxies (ici Abell 1689). (Photo Alma. Nasa. Esa. Eso. Coe/Merten)

Grâce à l’effet de lentille gravitationnelle, la galaxie est apparue «magnifiée» dans les grandes antennes du radiotélescope Alma, dans le désert d’Atacama au Chili, explique un communiqué de l’Observatoire européen austral. C’est ainsi qu’ils ont vu la forme de ses nuages de poussière, et que A2744_YD4 est devenue «la plus lointaine au sein de laquelle de la poussière et de l’oxygène ont été détectés».

D’où vient toute cette poussière, lourde comme 6 millions de fois notre Soleil ? Ce sont les cendres de vieilles étoiles ayant explosé, explique Nicolas Laporte : «La détection d’une telle abondance de poussière indique que les premières supernovæavaient déjà pollué cet environnement galactique.» Une génération précédente d’étoiles avait vécu, puis gonflé, et fini dans un feu d’artifice expulsant sa matière dans le vide. La poussière a ensuite servi de matière première pour la naissance de nouvelles étoiles.

Zoom (vue d’artiste) sur la galaxie A2744_YD4

D’après la quantité de poussière mesurée et ce qu’on sait du processus de formation stellaire, l’équipe d’astrophysiciens estime que les étoiles naissaient dans la galaxie A2744_YD4 au rythme de 20 masses solaires par an – l’équivalent de 20 fois la masse du Soleil. C’est rapide – notre Voie Lactée ne produit qu’une masse solaire par an. Mais pour l’astronome Richard Ellis, «ce taux n’est pas inhabituel pour une galaxie si distante.» 

Il faut environ 200 millions d’années pour qu’un bébé galaxie arrive à produire cette quantité de poussière. Richard Ellis pense donc que «nous observons cette galaxie peu après sa formation.»

L'équipe qui a planché sur les poussières de A2744_YD4 est dirigée par l’astronome français Nicolas Laporte, actuellement rattaché à l’University College de Londres. Elle a pu compter sur une forte participation de l'Institut de Recherche en Astrophysique et Planétologie (Irap) de Toulouse, dont «c’est une des spécialités depuis plus de 30 ans d’observer les galaxies lointaines amplifiées par le phénomène de lentille gravitationnelle», comme nous rappelle le chercheur Frédéric Boone, qui a co-signé l'étude.

[Une précédente version de l’article indiquait que la galaxie est située à 6 milliards d’années-lumière de la Terre. Ce chiffre, totalement faux, provenait d’une erreur de traduction dans le communiqué de l’ESO que nous n’avions pas repérée : la galaxie n’est pas 1,8 fois plus loin que l’amas Abell 2744, mais elle a été grossie 1,8 fois ! Elle se situe en réalité entre 13 et 14 milliards d’années-lumière d’ici. Toutes nos excuses.]

Camille Gévaudan 

http://www.liberation.fr/sciences/2017/03/09/on-a-photographie-la-plus-lointaine-poussiere-d-etoiles-de-l-univers_1554492

Publié dans EXPLORATION

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